Tuberculose

La prophylaxie de la Tuberculose bovine constitue la première action collective en faveur de la Santé Animale. Cette maladie, transmissible à l’homme, est celle qui, il y a une cinquantaine d’années, donnait l’idée à l’administration et aux organismes agricoles de s’organiser dans un objectif d’éradication. Elle est aussi celle qui démontre combien, après des progrès souvent fulgurants au début, les « fins » de prophylaxie sont difficiles à gérer.

CARACTERISTIQUES

La Tuberculose bovine est une maladie contagieuse due à une bactérie : Mycobacterium bovis. Il s’agit d’un germe très résistant dans le milieu extérieur qui peut persister plusieurs mois en milieu humide et non exposé à la lumière.

Mycobacterium bovis infecte principalement les bovins. Mais toutes les espèces animales domestiques ou sauvages y sont sensibles et il s’agit d’une zoonose. En France cette maladie est classée dans les dangers sanitaire du groupe 1, ceux dont la gravité pour l’économie agricole et la santé humaine rend obligatoire leur gestion par l’Etat. Au niveau international, tous les cas animaux doivent être déclarés à l’OIE (organisation mondiale de la santé animale, office de l’ONU qui s’occupe de la santé animale).

Concernant la transmission à l’homme, elle se fait principalement par inhalation d’aérosols  contaminés (goutelettes de toux, et plus rarement urine ou bouses) ou par ingestion de lait cru. Il n’y a pas de transmission de la tuberculose en consommant de la viande bovine dès lors que les carcasses ont été inspectées et les lésions suspectes retirées. Le lait peut être un vecteur du germe si l’animal est malade. La pasteurisation et la stérilisation du lait permettent de maîtriser ce risque. Pour le lait cru, des contrôles spécifiques sont réalisés dans les élevages concernés.

Mais attention, même si la tuberculose bovine peut atteindre l’homme, la grande majorité des cas humains rencontrés aujourd’hui est due à une bactérie  différente : Mycobacterium tuberculosis.

La maladie évolue très lentement et  insidieusement, la mortalité est rare. Les animaux atteints ne présentent le plus souvent aucun symptôme. En général, la réaction immunitaire maintient l’infection dans un état dit de « latence ». Avant la découverte de l’infection, il peut s’écouler parfois plus de 10 ans. La localisation et l’intensité des lésions sont très variables (poumon, intestin, mamelle, …).

Il y a trois facteurs de risque majeurs d’infection  d’un élevage :

– L’introduction d’un Bovin : Achat, prêt, mélange….

– Le voisinage direct : Contact « Mufle à Mufle » ou indirect (prêt de matériel, faune sauvage infectée….)

– La résurgence (après un précédent foyer)

La méthode standard de détection de la tuberculose, sur un bovin vivant, repose sur un test allergique : la tuberculination. Ce test révèle un contact antérieur avec une mycobactérie (M.bovis ou autre). A la différence d’une maladie virale comme l’IBR par exemple, un animal infecté développe principalement une réponse immunitaire dite de type « cellulaire », c’est-à-dire sans production massive d’anticorps dans un premier temps. Et cette réponse est révélée par la réaction allergique principalement et non par une recherche d’anticorps circulants dans le sang comme pour les maladies virales.

Depuis quelques temps, ces tests peu spécifiques (un résultat positif ne signifie pas systématiquement que l’animal est infecté) sont complétés par d’autres méthodes pour essayer d’améliorer la détection des vrais infectés.

Le seul diagnostic de certitude consiste à isoler les mycobactéries par culture bactérienne (mais le résultat est tardif : il faut en moyenne 4 à 6 semaines pour cultiver la bactérie in vitro et parfois jusqu’à 3 mois) ou par recherche de l’ADN bactérien par la méthode PCR (résultat rapide et fiable).

  •    L’Intradermotuberculination (IDT)

Ce test, délicat à réaliser, reste un élément essentiel du dispositif de surveillance de la maladie en élevage.

Il existe deux types de tests d’intradermotuberculination :
L’intradermotuberculination simple : On injecte à l’encolure de l’animal de la Tuberculine bovine P.P.D (dérivé protéique purifié de M. bovis). La lecture de la réaction allergique se fait 72h après injection.
Avantage : ce test est plus facile à réaliser et moins coûteux que les autres tests de dépistage.
Inconvénient : c’est un test peu spécfique, c’est-à-dire qu’ il existe de nombreuses causes d’erreur du test par excès (réaction positive sur des animaux non infectés) : en particulier des réactions allergiques croisées avec d’autres mycobactéries (M. avium, mycobactéries atypiques). On observe également plus de réactions faussement positives en cheptel laitier qu’en cheptel allaitant.
 – L’intradermotuberculination comparative : On injecte à l’encolure de l’animal en deux points séparés de la tuberculine bovine (B) et de la tuberculine aviaire (A, dérivé protéique purifié de M.avium). La lecture de la réaction allergique se fait 72h après injection. L’interprétation est basée sur l’observation de la différence entre les épaississements cutanés obtenus sur les deux points d’injection.
Avantage : Ce test permet de différencier les animaux infectés par M.bovis de ceux sensibilisés par une exposition à d’autres mycobactéries (test plus spécifique).
Inconvénient : c’est une technique plus difficile à réaliser que l’IDS et plus coûteuse. On peut tout de même avoir affaire à des réactions faussement positives
Dans les deux cas, lorsque la tuberculose est avancée ou dans certaines situations de stress (introduction ou transport), la détection de l’infection par réaction allergique n’est plus possible (phase dite « anergique »).
En raison de ces défauts de sensibilité (capacité à détecter les animaux infectés) et de spécificité (capacité à obtenir un résultat négatif sur des animaux sains) la fiabilité de ces tests est assez mauvaise . Ces performances s’améliorent lorsqu’on interprète les résultats à l’échelle du troupeau et non à l’échelle individuelle.

 

Une contention efficace  est primordiale pour assurer une bonne interprétation de ces tests :

– lors de l’injection (afin que le produit pénètre correctement dans le derme de l’encolure et pour pouvoir repérer correctement l’état de la peau avant injection ainsi que les points d’injection)
– lors de la lecture (c’est l’épaississement mesuré du pli de peau qui donne le résultat du test. Le test est non négatif (positif ou douteux) dès lors qu’on constate un épaississement de plus de 2 mm. 
IDT realisation
  • Le test Interferon gamma (IFN)
Le test est basé sur l’évaluation « in vitro » de la réaction immunitaire cellulaire. Le mécanisme de la réaction allergique qui a lieu dans le derme pour l’IDT est reproduit au laboratoire par stimulation des globules blancs circulants dans le sang (lymphocytes T) avec de la tuberculine, et la réaction est mesurée cette fois objectivement en quantifiant la production d’un marqueur de cette réaction, l’interféron gamma.
-Avantage : c’est un test plus objectif et on s’affranchit des difficultés liées à la lecture de la réaction. Ainsi on diminue le risque d’obtenir des résultats faussement positifs.
-Inconvénient : il est plus coûteux et les conditions de sa réalisation imposent que les prélèvements sanguins soient acheminés dans un délai très court (moins de 8 heures) au laboratoire car les cellules sanguines doivent être vivantes au moment du test.
  • Le diagnostic post-mortem
diag lesion tub
Lors de l’inspection post-mortem des animaux à l’abattoir ou en cas d’abattage dit « diagnostic » suite à l’obtention de réaction allergiques non négatives (par intradermotuberculination ou interféron gamma), on réalise sur les lésions constatées ou sur certains organes d’intérêt (poumon, ganglions lymphatiques de l’arbre respiratoire) des prélèvements de tissu qui sont examinés par histologie, culture bactérienne et PCR.
En résumé :
diag tub

En Europe :

Les cartes suivantes présentent le statut vis-à-vis de la Tuberculose Bovine des pays ou régions de pays de l’Union Européenne. Le statut officiellement indemne de Tuberculose est régionalisé  dans plusieurs pays de la zone.

statuts UE Tub

Sur les deux cartes suivantes, on constate l’évolution du nombre de foyers en 2013 et 2014, ce qui place la France apparemment en situation plus défavorable que les autres pays de l’Union (maintien d’un nombre de foyers stable en France, recul du nombre dans les autres pays).

evo statut UE Tub 13 14

D’après CIREV Aquitaine

En France : 

La France est reconnue officiellement indemne de Tuberculose depuis 2001. A l’échelle nationale, la situation est globalement très favorable avec une prévalence troupeau (nombre de troupeau infectés sur l’ensemble des troupeaux français) inférieure à 0.1% et l’incidence (nombre de nouveaux cas par an) est stable depuis 2010. Toutefois cette situation n’est pas totalement satisfaisante, car l’éradication de la maladie dans certaines zones à risque dont la région Aquitaine, est complexe et lente, d’autant plus lorsque la faune sauvage est également infectée. 

evolution tub depuis 1995

En 2014, en France, 103 nouveaux foyers ont été recensés (contre 112 en 2013). Depuis quelques années, la majorité des foyers est détectée par IDT (IDS ou IDC).La plupart des foyers sont découverts en prophylaxie. C’est la preuve que le dépistage est mené de manière efficace car on détecte les animaux plus tôt.  

foyers TUB 2014

 En Aquitaine :

La répartition des foyers en 2013 et 2014 dans l’inter-région CIREV Sud-Ouest est présentée dans la carte ci dessous à  gauche. On y constate principalement une extension géographique des foyers dans le sud de la Charente, vers le nord-est de la Dordogne et une réapparition de foyers dans la zone sud-est de la Dordogne.  Sur la carte de droite, les foyers sont distingués selon le type  génétique bactérien isolé sur les animaux malades (ou spoligotype).

foyers aquitaine 13 14
spoligotypes 13 14

 

 

 

 

TUBERCULOSE ET FAUNE SAUVAGE

image sylvatub

sylvatub niveaux surveillance

Le ministère en charge de l’agriculture et les principales institutions impliquées dans la faune sauvage ont lancé en septembre 2011 un programme national de surveillance de la tuberculose bovine dans la faune sauvage, nommée Sylvatub..

Les principaux objectifs de ce programme sont de détecter la présence de tuberculose bovine chez les animaux sauvages et d’en estimer la prévalence. Il s’appuie sur une combinaison de plusieurs modalités de surveillance évenementielles et programmées concernant principalement les cerfs, les sangliers et les blaireaux, qui sont appliquées selon des niveaux de risque estimés dans chaque département ou zone du pays.

 

modalités surveillance sylvatuv

résultats sylvatub

 

LA BIOSECURITE : SEUL OUTIL DE PREVENTION

Le terme de « biosécurité » est habituellement utilisé pour désigner l’ensemble des mesures préventives pour protéger un élevage de l’introduction et la diffusion de nouveaux agents infectieux.

Un certain nombre de mesures peuvent contribuer à limiter le risque d’introduction d’un agent infectieux dans un élevage. Si elles peuvent sembler contraignantes, elles peuvent permettre d’éviter de lourdes pertes économiques. Elles participent également à sensibiliser l’éleveur et les intervenants au risque et au mode de contamination. Souvent incontournables elles mériteraient de faire partie des réflexes.

En matière de Tuberculose, les priorités en matière de biosécurité sont illustrées dans la plaquette disponible ici. Le schéma ci-dessous résume ces mesures :

biosécurité tub

Les méthodes de surveillance

  • Dépistage en abattoir sur les animaux abattus.

Les animaux abattus font l’objet d’un contrôle visuel systématique avec examen des carcasses et incisions de plusieurs organes (ganglions).

  • Contrôle en élevage (tuberculination simple ou comparative)

Le rythme de ces contrôle est variable suivant la situation épidémiologique du département : annuelle (en cas de prévalence >1%), biennale (prévalence comprise entre 0.2 et 1%), triennale (prévalence <0.2%) ou dispense (prévalence <0.1%).

De plus le dépistage en élevage peut être demandé pendant une période de 3 à 5 ans dans les élevages classés à risque ( en lien épidémiologique avec une exploitation déclarée foyer).

  • Contrôle lors des mouvements d’animaux

La tuberculination systématique pour toute introduction n’est plus obligatoire depuis quelques années, sauf dans certaines situations notamment le cas des cheptels dits « à fort taux de rotation » ou si le délai de transport est supérieur à 6 jours.

De plus, les bovins destinés à l’élevage et provenant de cheptels classés à risque doivent être tuberculinés avant leur départ.

Gestion des suspicions

Les résultats des Intradermotuberculinations réalisées en prophylaxie sont interprétées par la DDPP suivant le contexte épidémiologique et éventuellement le résultat du test interféron réalisé dans le cadre du protocole expérimental.

Deux types de suspicions sont possibles : 

– Soit une suspicion forte : lorsque le contexte est défavorable (lien avec un foyer ou un animal sauvage contaminé, IDC positive, résultat de l’interféron positif)

L’animal sera alors abattu et le troupeau bloqué et recontrôlé 42 jours plus tard.

 

– Soit une suspicion faible : lorsque le contexte est favorable ou que le résultat de l’interféron est négatif  (interféron réalisé suite à une IDS non négative ou une IDC douteuse)

L’animal peut être recontrôlé 42 jours plus tard ou directement abattu ce qui évite un recontrôle du troupeau si le résultat est favorabel à l’abattoir. Le cheptel n’est pas bloqué le temps du recontrôle, le blocage concerne seulement les bovins réagissant.

 

L’assainissement

Si l’infection est confirmée, l’exploitation concernée doit être assaine

Abattage total : les indemnités

Jusqu’en 2001, les aides à l’abattage total pour tuberculose (et brucellose) étaient attribuées forfaitairement : 2000 F par bovin de l’Etat et, dans le département pour les adhérents du GDS, 1300 F ou 2200 F suivant l’option choisie par l’éleveur lors du paiement des cotisations.
Dès 1999, considérant qu’il n’y avait aucune raison que ces forfaits continuent d’exister alors que l’ESB faisait l’objet d’une expertise, la profession a obtenu de l’administration que cette dernière soit élargie aux maladies susvisées.
Des textes sont parus à partir de 2001. Leur préparation a fait l’objet d’un gros engagement de la profession, les GDS en particulier.

Cette expertise détermine la « valeur de remplacement du cheptel » et prend en compte les éléments ci-dessous :

VALEUR DE REMPLACEMENT = VALEUR MARCHANDE (1) + FRAIS LIÉS AU RENOUVELLEMENT (2)

(1) Dans la limite, sauf « cas exceptionnel », des montants indiqués dans le tableau ci-contre.
(2) Peuvent être pris en compte :

  • Les frais sanitaires à l’introduction (jusqu’à 70 € par animal présent).
  • Les frais d’approche et de transport, de travail supplémentaire (jusqu’à 75 € par animal présent).
  • Un forfait désinfection (305 €).
  • Des besoins supplémentaires en repeuplement, sur la base de 15 % des femelles de plus de 24 mois.
  • Le déficit momentané de production : 3 mois de production laitière et, pour les troupeaux viande, la valeur bouchère des animaux présents destinés à être abattus au terme maximum d’une année.

L’aide correspondant à la différence entre la valeur marchande et le prix de vente des animaux est versée dans un premier temps. Celle correspondant aux frais liés au renouvellement après que ce dernier a été réalisé, avec une incidence de la proportion d’animaux effectivement renouvelés dans un délai de 1 an.

Catégorie Montant
Veau de moins de 1 mois 173 €
Veau à l’engrais de 1 à 6 mois 750 €
Broutard viande de moins de 13 mois 900 €
Bovin d’engraissement de 6 à 24 mois 976 €
Femelle d’élevage de 1 à 24 mois 1 125 €
Femelle de plus de 24 mois 2 100 €
Taureau de plus de 24 mois 2 325 €

 

 

Dérogation : Assainissement par abattage sélectif :

La note de service du 4/07/2014 précise les conditions d’éligibilité, le protocole applicable et les aspects financiers.

La dérogation à l’abattage total est accordée par la DGAL après évaluation par les Services Vétérinaires, avis du GDS et engagement du vétérinaire sanitaire.

Le protocole est détaillé ci-dessous :

abattage sélectif

Le protocole d’abattage sélectif repose, après un premier abattage des animaux ayant un lien proche avec le ou les animaux porteurs de la tuberculose au sein du cheptel (mère, filles, cohorte…), sur la succession au minimum de 3 contrôles de la totalité des bovins de plus de 6 semaines en I.D.S. et interféron (les contrôles étant espacés de 2 à 6 mois).

Dès qu’un animal réagit à l’un des tests (I.D.S. et/ou interféron), il doit faire l’objet d’un abattage diagnostique. S’il est porteur de tuberculose, le contrôle est dit « défavorable » et il faut de nouveau 3 contrôles successifs à réaliser, s’il n’est pas porteur, le contrôle est dit « favorable », et le protocole d’abattage sélectif continue. Pour retrouver son statut « officiellement indemne », l’élevage devra justifier de trois contrôles successifs entièrement favorables.

L’indemnisation des animaux abattus (réagissant ou à risque) est faite selon l’expertise réalisée en début de protocole.

La conduite de ce protocole nécessite conseil et réflexion préalable pour gérer avec le moins de pertes possibles cette phase de blocage d’exploitation. Les GDS d’Aquitaine ainsi que les autres partenaires de l’éleveur sont disponibles pour accompagner au mieux l’éleveur sur toutes les problématiques qui peuvent se présenter (technique, financière, fiscale, sociale…).

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