Comptages sur langes graissés

RECOMMANDATIONS POUR LES COMPTAGES VARROAS SUR LANGES GRAISSES
SECTION APICOLE REGIONALE GDS AQUITAINE

Identifier les ruches suivies. L’idéal est de pouvoir faire les quatre périodes de comptages sur les mêmes ruches. Si ce n’est pas possible, choisir une autre ruche dans le même rucher.
La méthode la plus rigoureuse est d’avoir des ruches avec des fonds entièrement grillagés : cela permet de récupérer des varroas sur toute la surface du fonds et cela évite que des varroas encore vivants ne remontent sur les abeilles qui passent à proximité. On peut éventuellement mettre directement les langes sur le fonds de la ruche si on n’a pas de plancher grillagé, s’assurer alors que le maximum de surface du fonds est recouverte par le lange (surtout si on a une partition, notamment à l’automne).

METHODOLOGIE.
La méthode des langes graissés permet de comptabiliser les mortalités naturelles des varroas tombés au fond des ruches, à travers un plancher totalement grillagé.
Des langes blancs (papier, plastique fin) sont découpés à la dimension du fonds d’une ruche. Les langes sont recouverts d’un enduit gras (huile, suint, …) afin de coller les varroas, puis sont placés sous le grillage du fonds de la ruche.

Les comptages sont effectués tous les 3 jours, pendant 10 jours pour avoir une bonne idée de la cinétique des chutes naturelles des varroas : tous les 3 jours, le lange est relevé et remplacé par un lange blanc neuf. Les varroas tombés sur le lange qu’on a enlevé, sont comptés et une moyenne journalière est établie à la fin des deux semaines de comptage.
J1 : pose du premier lange L1 (penser à identifier le lange correspondant à chaque ruche, d’où l’intérêt de numéroter les ruches)
J4 : retrait de L1 et pose du deuxième lange L2. Dénombrement du nombre de varroas sur L1. Penser à noter le nombre de varroas par ruche.
J7 : Retrait de L2 et pose de L3. Dénombrement des varroas sur les L2.
J10 : retrait de L3 et pose de L4. Dénombrement des varroas sur les L3.
J13 : retrait des L4. Dénombrement des varroas sur les L4.
Etablir la moyenne journalière de varroas pour chaque ruche.

Une corrélation existe entre le nombre journalier de chutes et la population totale d’acariens au sein d’une colonie, ainsi qu’entre le nombre journalier de chutes et l’émergence du couvain d’ouvrières ou de mâles (chutes de varroas qui ne sont pas toujours morts).
En moyenne, sauf en novembre (où théoriquement on n’a plus de couvain), 60% (à 80% selon les auteurs) des varroas sont dans le couvain. Une méthode qui supprime 90% des varroas phorétiques ne permettra qu’une réduction de 36% de la totalité des varroas de la colonie.

EVALUATION DES TAUX D’INFESTATION : lors de périodes clés :
En fin d’automne après le traitement de fin d’été : 15 jours après la fin du traitement de fin d’été (15 jours après le retrait des lanières d’Apivar ou d’Apistan ou 21 jours après les 7 jours de traitement au MAQS, ou 15 jours après la fin d’un traitement à base de thymol). On contrôle ainsi l’efficacité du traitement réalisé et on évalue l’intérêt de faire un traitement d’hiver à base d’acide oxalique. L’objectif du traitement de fin d’été (et d’hiver) est d’obtenir une population de moins de 50 V. destructor à l’intérieur des ruches pour passer l’hiver. Cet objectif est bien atteint si l’on observe moins de 1 chute naturelle d’acarien par jour à l’issue de la période d’efficacité du traitement de fin d’été (Imdorf et al., 1996a ; Imdorf et al., 1999 ; The Food and Environment Research Agency, UK, 2010).
En mars au démarrage des colonies : on vérifie l’efficacité des traitements de fin d’été et d’hiver si on en a fait. On s’assure d’un faible niveau d’infestation par Varroa destructor car il est encore temps de faire un traitement rapide avant de démarrer la saison. On peut aussi envisager la mise en œuvre de méthodes biotechniques pour limiter la pression du varroa (formation de nucléi, découpage de couvain mâle)
En mai, après la miellée d’acacia : il faut s’assurer que le niveau d’infestation n’empêchera pas la colonie de se développer pour la miellée d’été.
En juillet, pour s’assurer que la pression liée au varroa n’est pas encore trop forte et ne gênera pas la colonie pour terminer la saison et assurer la naissance de premières abeilles d’hiver vigoureuses. Ce comptage est important si les traitements d’été sont faits tardivement, notamment lorsque les abeilles vont butiner sur la callune.
Sur un petit rucher, on testera toutes les colonies, sur un grand rucher, on fera un échantillonnage entre colonies fortes et moins fortes.
Les chutes naturelles augmentent lorsque la grappe s’ouvre en fin d’hiver et diminuent si le couvain operculé est en forte augmentation.
SEUILS DE CHUTES NATURELLES DE VARROAS ECONOMIQUEMENT TOLERABLES PAR LES COLONIES D’ABEILLES.
Une corrélation existe entre les chutes naturelles au mois d’octobre et la population hivernante de varroas. On peut ainsi affirmer qu’une chute naturelle de 1 varroa par jour en octobre correspond approximativement à 500 varroas dans la colonie (sauf si l’on vient de traiter).
Le tableau suivant a été établi à partir de recommandations européennes proposées suite à des études faites dans plusieurs centres de recherches.

Période de l’année Seuil économiquement tolérable (nombre de varroas par jour) Seuil pour traiter (Suisse, Centre de Liebefeld) (nombre de varroas par jour) Seuil d’effondrement des colonies (National Bee Unit, UK) (varroas/jour)
HIVER-PRINTEMPS < 0,5 < 0,5 > 0,5
MAI 3 3 6
JUILLET < 10 5 16
AOUT 10 8 à 10 33
SEPTEMBRE 11 11 20
Toute l’année > 30

Toute la saison : si on a plus de 30 varroas par jour, il faut traiter immédiatement, le seuil dommageable a été dépassé.

Le comptage sur langes graissés est simple, rapide, non invasif. Il permet une estimation relative de la taille de la population de varroas et peut être utilisé dans le cadre d’une technique de lutte intégrée. On estime que le comptage est fiable si :
– la colonie contient du couvain
– la colonie n’est pas en cours d’effondrement
– les données sont collectées tous les 2 à 3 jours pendant au moins une à deux semaines pour gommer les fortes variations du taux quotidien de mortalités naturelles.

BIBLIOGRAPHIE
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methods for Varroa destructor (Acari: Varroidae) population estimation. Apidologie, 37, 452-
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CHARRIÈRE JD, IMDORF A, BACHOFEN B, TSCHAN A (1998). Le retrait du couvain de mâles operculé : une mesure efficace pour diminuer l’infestation de Varroa dans les colonies.Revue Suisse d’Apiculture, 95, 71-79.
CHARRIÈRE JD, IMDORF A, KILCHENMANN V, BACHOFEN B, BOGDANOV S (1998). Comment faire face à la recrudescence des Varroa résistants? Communications de la section apiculture, 28.
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