Varroa destructor

0100 Varroa sur nymphe

La varroose est une maladie réglementée classée parmi les dangers sanitaires de catégorie 2. Elle ne donne pas lieu à des mesures de police sanitaire obligatoire, son traitement repose sur l’initiative de chaque apiculteur. Elle peut faire l’objet d’un programme de lutte régional. En effet, l’absence de traitements de certains ruchers entraîne une réinfestation massive des ruchers voisins même déjà traités.
Le varroa (Varroa destructor), parasite de l’abeille asiatique Apis cerana et de l’abeille européenne Apis mellifera, est un acarien originaire d’Asie du Sud-Est. Il est reconnu actuellement comme ayant un impact sanitaire majeur sur les colonies d’abeilles Apis mellifera, qui contrairement à leurs cousines asiatiques Apis cerana, n’arrivent pas à limiter sa prolifération.
Le varroa parasite le couvain et les abeilles adultes ; il se nourrit de l’hémolymphe (l’équivalent du sang des mammifères) de son hôte.

a/Biologie du Varroa et action sur les abeilles.

Une (parfois plusieurs) femelle Varroa fécondée, appelée fondatrice, s’introduit dans une cellule de couvain ouvert quelques heures avant son operculation. Une fois l’alvéole operculée, la fondatrice pond 4 à 5 œufs dans du couvain d’ouvrières, plus dans du couvain mâle. Le premier œuf éclos donnera un mâle, les suivants des femelles. L’ensemble des varroas présents se nourrit en prélevant de l’hémolymphe sur la nymphe d’abeille en développement. Le jeune varroa mâle féconde ses sœurs. Lors de l’émergence de la jeune abeille, les femelles varroas sortent de l’alvéole et se fixent sur des jeunes abeilles adultes, souvent nourrices, dont elles ponctionnent l’hémolymphe : on les appelle alors varroas phorétiques. Ces ponctions sur des jeunes abeilles nourrices permettent aux femelles varroas non matures d’acquérir leur maturité sexuelle et de se reproduire à leur tour. Les varroas phorétiques peuvent soit entamer un nouveau cycle de reproduction au sein de la colonie, soit parasiter d’autres abeilles ou d’autres colonies du même rucher ou des ruchers voisins lors du phénomène de dérive.
Les varroas ont une action spoliatrice sur leurs hôtes : ils prélèvent dans l’hémolymphe des nymphes d’abeilles parasitées , 30 à 50 % de leurs protéines, essentiellement des protéines à rôle immunitaire ou une protéine cuticulaire ; ils entraînent la mort de ces nymphes ou la naissance d’abeilles plus légères, mutilées, affaiblies, à courte durée de vie (vie parfois raccourcie de moitié), et aux glandes hypopharyngiennes réduites (glandes participant à l’élaboration des gelées nourricières).Les butineuses ayant été infestées par Varroa sont parfois incapables de revenir à la ruche.
Cette infestation, si elle est importante, sera particulièrement délétère lors de la constitution des abeilles d’hiver en fin d’été et début d’automne : ces abeilles, à longue vie, sont censées assurer la survie de la colonie pendant l’hiver et sa reprise d’activité en début de printemps, jusqu’à la naissance de nouvelles abeilles qui prendront le relais au printemps suivant. Seulement 4 à 18% des abeilles infestées par Varroa destructor durant leur développement et qui émergent au mois de septembre, survivent jusqu’au mois de mars (Kovac et Crailsheim, 1988).
Le varroa est le vecteur et l’hôte de nombreux virus : virus des ailes déformées DWV, virus du couvain sacciforme SBV, entre autres, et fréquemment rencontrés dans les colonies d’abeilles.
En plus de l’action du varroa seul, l’association Varroa/virus sur des insectes déjà affaiblis par le varroa est à l’origine de l’effondrement de certaines colonies qui ne sont pas toujours les plus infestées par le Varroa.
Il est donc important de commencer à traiter les colonies d’abeilles contre le varroa avant la constitution de la majorité des abeilles d’hiver.

b/Traitements de fin d’été

Ces traitements sont à mettre en place le plus rapidement possible après la dernière miellée et la levée des hausses, dès la deuxième quinzaine d’août si possible.
Les médicaments utilisés doivent disposer d’une AMM (autorisation de mise sur le marché) seule garante de leur innocuité pour l’apiculteur, le consommateur et les abeilles, de l’absence de résidus dans les produits de la ruche et de la sécurité de leur emploi. Ces médicaments étant délivrés sur ordonnance, ils ne sont disponibles qu’auprès des groupements disposant d’un PSE (programme sanitaire d’élevage) ou des vétérinaires :
APIVAR (amitraze) : 2 lanières par ruche insérées verticalement dans la grappe d’abeilles et espacées d’un à deux inter-cadres, à laisser en place 10 semaines. Un repositionnement des lanières à mi-traitement (5 semaines) peut être nécessaire si la grappe s’est déplacée ou pour limiter les phénomènes de propolisation des lanières. Les lanières sont retirées à la fin du traitement.
APISTAN (tau-fluvalinate) : 2 lanières par ruche insérées verticalement dans la grappe d’abeilles et espacées d’un à deux inter-cadres, à laisser en place 8 semaines. Un repositionnement des lanières à mi-traitement (4 semaines) peut être nécessaire si la grappe s’est déplacée ou pour limiter les phénomènes de propolisation des lanières. Attention, ces lanières sont souples et se déchirent facilement. Les lanières sont retirées à la fin du traitement.
APIGUARD (thymol) : une barquette ouverte posée gel vers le haut sur le dessus des cadres et au centre de la ruche. Ajouter une deuxième barquette 15 jours plus tard. Laisser jusqu’à élimination totale du produit. La température extérieure doit être comprise entre 15°C et 30°C.
THYMOVAR (thymol) : 3 demi-plaquettes par ruche Dadant, posées sur les cadres en périphérie du couvain, ce traitement est renouvelé 3 à 4 semaines plus tard. La température extérieure doit être comprise entre 15 °C et 30°C.
APILIFE VAR (thymol, eucalyptol, menthol, camphre) : une plaquette est divisée en 2 à 4 morceaux qui sont posés sur les cadres en périphérie du couvain, ce traitement est renouvelé 3 à 4 semaines plus tard. La température extérieure doit être comprise entre 18°C et 38°C.
MAQs (acide formique), bandelettes enveloppées dans du papier plastifié biodégradable.
L’acide formique agit sur les varroas phorétiques et sur les acariens enfermés dans le couvain, contrairement aux produits précédents qui agissent uniquement sur les varroas phorétiques.
Le produit s’utilise dans des ruches Langstroth standard à simple ou double corps de ruche ou dans des ruches Dadant avec une grappe d’abeilles couvrant au moins 6 cadres soit environ 10 000 abeilles. MAQs ne doit pas être utilisé sur des ruchettes. On peut utiliser ce produit en présence des hausses mais on ne récolte pas le miel pendant le traitement. La ruche doit être bien ventilée et contenir de bonnes réserves de miel et pollen. Deux bandes par ruche (soit un sachet) sont disposées sur les têtes de cadre et agissent pendant 7 jours. Des varroas continuent à tomber les 21 jours suivants. Il n’est pas nécessaire de retirer les bandes au bout des 7 premiers jours. Le produit sera utilisé à des températures extérieures comprises entre 10°C et 29,5°C. L’acide formique entraînant des remérages et des pertes de reines, il est conseillé de l’utiliser tôt après la dernière miellée et, un mois après le traitement, de vérifier la présence d’une reine dans la colonie traitée.

En agriculture biologique, seuls les médicaments à base de thymol sont utilisables. D’autres médicaments peuvent être utilisés sous la responsabilité du prescripteur.

Avant la miellée de callune
Pour limiter la pression des varroas sur des colonies destinées à récolter le miel de callune, colonies qui seront donc traitées tardivement contre Varroa destructor (souvent en octobre), il peut être intéressant de réaliser sur ces colonies un traitement court d’une semaine avec le MAQs.

 

c/Suivi de l’infestation par le Varroa

0096 Varroas sur lange graissé
Pour optimiser le moment d’un traitement contre le varroa, pour l’avancer ou le retarder, ou après un traitement pour apprécier son efficacité, on peut effectuer des comptages de varroas sur langes graissés. Pour cela, il faut disposer de ruches aux planchers grillagés.
On place un lange blanc graissé (cela peut être une feuille de papier coupée aux dimensions exactes du plancher de la ruche et enduite d’huile ou de suint ou de vaseline…) sous la ruche, sous un grillage. On relève les langes tous les 2 à 3 jours et on les remplace par des langes neufs. On effectue les comptages pendant 1 à 2 semaines.

 

A chaque relevé de lange, on compte les varroas présents sur les langes et on établit une moyenne quotidienne.

Comptage :
-HIVER : si plus d’1 varroa/jour, il faut traiter
– FIN MAI : si plus de 3 varroas/jour, il faut traiter
– FIN JUILLET : si plus de 5 varroas/jour, il faut traiter
-TOUTE LA SAISON : plus de 30 varroas/jour, seuil dommageable, il faut traiter urgemment.

d/ Traitements d’hiver

Les traitements d’été ont été effectués. Ces traitements sont destinés à réduire suffisamment la population de varroas de manière à avoir un redémarrage optimal de la colonie au printemps. L’objectif est de ne pas avoir plus de 50 varroas dans la colonie (ce seuil est une donnée consensuelle) pour passer l’hiver. Ce seuil peut être évalué en faisant un dénombrement des mortalités naturelles de varroas sur langes graissés après le traitement d’été : si on a plus de 1 varroa par jour sur les langes pendant les semaines qui suivent la fin du traitement de fin d’été, plusieurs solutions s’offrent à l’apiculteur :
• Faire un traitement complémentaire dit « traitement d’hiver » avec de l’acide oxalique (API-BIOXAL ND).
• Réaliser, lors de la saison apicole suivante, un traitement de printemps à base d’acide formique (MAQS ND) ou d’amitraze (APIVAR ND), avant la pose des premières hausses.
• Utiliser, au printemps suivant, des méthodes de lutte biotechniques en piégeant les varroas dans le couvain de faux-bourdons operculé ou en formant des nuclei pour réduire la pression de varroas au niveau de la ruche mère.
Nous allons ici décrire le traitement complémentaire à base d’acide oxalique.
UTILISATION de L’ACIDE OXALIQUE (API-BIOXAL ND)
L’acide oxalique (AO) s’utilise en apiculture essentiellement en traitement d’hiver, entre le 15 novembre et le 15 janvier, hors couvain, il a alors une efficacité de 95 à 97% (contre 50% en présence de couvain). La méthode qui est homologuée est celle de l’acide oxalique distribuée par dégouttement, la plus efficace en hiver lorsque les abeilles forment une grappe.
Règlementairement, une ordonnance vétérinaire (à conserver 5 ans dans le registre d’élevage) est obligatoire pour pouvoir utiliser l’acide oxalique en apiculture.
Attention, l’AO est un acide classé substance vénéneuse : il doit être manipulé avec précaution, le port de gants et de lunettes est indispensable.
Mode d’emploi : Opérer par une température extérieure de 10 à 12°C. Avoir au préalable une grosse seringue de 50 ml avec une graduation tous les 5 ml. Dans du sirop de sucre 50/50 (moitié eau, moitié sucre) chaud, diluer la quantité de poudre indiquée dans la notice d’Api-Bioxal ND . Laisser refroidir cette solution jusqu’à une température de 25°C. Préparer une glacière avec des bouteilles d’eau chaude qui maintiendront la solution de sirop de sucre et d’acide à 25 -30°C lors de sa distribution au rucher. Dès que la solution se refroidit, l’acide oxalique cristallise et n’est plus efficace.
Il faut distribuer 5ml de la solution acide par inter-cadres occupé par les abeilles en répartissant les 5ml de manière homogène sur toutes les abeilles et ne pas dépasser 50 ml par ruche. Dans une ruche Dadant, une grosse colonie occupera au maximum 7 inter-cadres l’hiver, donc préparer 35 ml de solution dans la seringue avant d’ouvrir une ruche, ouvrir rapidement la ruche et verser goutte à goutte la solution au niveau de chaque inter-cadres occupé par la grappe. Refermer la ruche ensuite, cela a pris 15 à 30 secondes maximum.
On ne doit traiter à l’AO qu’une ou deux fois par an car c’est un acide qui attaque la chitine de la cuticule des abeilles, les abeilles d’hiver n’en souffriront pas trop mais la reine n’apprécierait pas d’être traitée plusieurs fois. Ce traitement est bien toléré par les abeilles et entraîne un détachement des varroas du corps des ouvrières.

e/ Varroas et colonies d’abeilles au printemps

L’hiver 2015/2016 a été doux, les reines d’abeilles ont continué à pondre et dans de nombreuses zones d’Aquitaine, il est peu probable que l’on ait eu une interruption du couvain. Les varroas qui étaient présents dans les colonies d’abeilles se sont multipliés dans le couvain, plus lentement mais il se peut que leur nombre ait augmenté.
Pour bien débuter la saison apicole, il est indispensable de connaître les taux d’infestation des colonies par le Varroa : estimer ces taux en réalisant des comptages sur langes graissés ou des dénombrements de varroas sur les jeunes abeilles adultes lorsque les températures le permettront, permet d’agir en conséquence. Une donnée consensuelle prenant en compte le bon développement d’une colonie et une production de miel optimale, établit qu’en février-mars, une colonie ne doit pas héberger plus de 50 varroas. Ce seuil de 50 varroas permet généralement de se passer de traitement pendant la saison apicole et d’attendre la fin de l’été pour faire un traitement Varroa.
Si la quantité de varroas présents dans la colonie en mars est très supérieure à 50 varroas, la population de varroas qui va continuer à croître atteindra très tôt en saison un seuil critique, seuil affectant la production en miel, affaiblissant la colonie et la mettant en danger. Si l’apiculteur n’intervient pas, ces colonies très infestées à la fois par les varroas et les virus qui les accompagnent élèveront des abeilles d’hiver affaiblies qui ne pourront assurer la pérennité de la colonie jusqu’au printemps de l’année suivante : la colonie s’effondrera pendant l’hiver ou en début de printemps.
Que faire en cas d’infestation importante par les varroas ? (résultats des comptages début mars : plus d’un demi-varroa par jour par colonie ou plus de 1% des abeilles adultes parasitées dans une colonie) :
On peut envisager un traitement de printemps : pose de lanières d’Apivar ND (amitraze) ou d’Apistan ND (tau-fluvalinate, pour alterner les traitements, et si Apistan n’a pas été utilisé pendant les 3 ou 4 années qui précèdent), pose de bandelettes de MAQS ND (acide formique) dès que les températures dépassent 10°C. Il est important de retirer les lanières de traitement Apivar ND ou Apistan ND avant la pose des hausses pour les miellées de printemps, les bandelettes de MAQS ND sont biodégradables.
On peut aussi utiliser des méthodes de contrôle de la population de varroas autres : découpage de couvain mâle deux à trois fois pendant la saison apicole, formation de nucléi, encagement de reines et blocage de ponte suivi d’un traitement ponctuel (traitement à l’acide oxalique) (voir les fiches concernant ces méthodes). Toutes ces méthodes permettent de diminuer la population de varroas dans une colonie et d’attendre la fin de l’été pour traiter la colonie avec un produit homologué.
Aujourd’hui, pour lutter efficacement contre le Varroa, il est important de savoir ce qui se passe dans les colonies et les comptages de varroas permettent de s’en faire une bonne idée.

[Haut]